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Bilan de l'agroalimentaire 2022 & perspectives 2023

Le bilan de l’agroalimentaire pour 2022 est directement lié aux répercussions du conflit en Ukraine. Le secteur se trouve déstabilisé par une vertigineuse hausse des charges.

Un bilan de l’agroalimentaire marqué par la guerre en Ukraine

Le principal élément déterminant pour le bilan de l’agroalimentaire 2022 est sans conteste l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Parmi ses premières conséquences : une flambée des cours de certaines matières premières agricoles. Des tensions parfois alimentées par de moindres récoltes sur fond d’aléas climatiques.

Le conflit a aussi mis à l’épreuve la logistique mondiale. Le trafic de fret international s’est grippé soulignant les faiblesses du système. Résultat, les tarifs de l’alimentation ont bondi et les délais de livraison se sont étirés.

Dans ce contexte, certains rayons se sont même vidés durant l’année. Un état des lieux de l’agroalimentaire 2022 qui rappelle certaines périodes de la crise sanitaire. Nous avons tous en mémoire les pénuries d’huile et de moutarde du printemps dernier. Mais ce ne sont pas les seuls défauts d’approvisionnements à déplorer. Ainsi, au cours d’octobre et novembre 2022, plus de 5% des produits ont été en rupture, selon les observations de Nielsen IQ. Une situation qui a renforcé en France la question de la souveraineté en matière agroalimentaire, née pendant le confinement. Elle conforte l’intérêt des consommateurs et des distributeurs pour le local.

La flambée des coûts de production a pesé sur le bilan de l’agroalimentaire 2022

L’année s’est caractérisée par une hausse généralisée des charges. Cela constitue un des faits marquants de l’agroalimentaire pour 2022. Les coûts des carburants pour le transport, des emballages pour le conditionnement, des métaux pour l’entretien du matériel,… L’ensemble des postes nécessaires à la production agroalimentaire est passé au rouge. Le plus marquant reste bien entendu l’explosion des tarifs de l’énergie, toujours sur fond de conflit russo-ukrainien.

L’agroalimentaire confronté en 2022 au « mur de l’énergie »

Pour le secteur agroalimentaire, l’année a sapé la rentabilité des entreprises. La hausse des tarifs concerne aussi bien le gaz, qui pèse sur les coûts des engrais et hypothèque les futures productions agricoles, les carburants que l’électricité. Production, transport, conditionnement… mais surtout cuisson, appertisation ou surgélation s’avèrent des étapes énergivores. La progression de ces marchés pénalise la trésorerie des industriels de l’agroalimentaire. « Le pic n’est pas encore atteint » et la tendance devrait se maintenir au 1er semestre, a souligné Emmanuel Macron lors d’une allocution ce 5 janvier. Les acteurs de l’agroalimentaire n’ont d’autre solution que de tenter de répercuter cette tension sur leur prix de vente des produits alimentaires… Mais cela a des limites.

Au cours de l’année 2022, nombre de fédérations de l’agroalimentaire ont tiré la sonnette d’alarme face à ce qu’elles qualifient du « mur du prix de l’énergie ». Un obstacle infranchissable compte tenu des niveaux atteints. La loi EGalim2 n’impose pas la prise en compte automatique des tarifs de l’énergie dans les négociations fournisseurs/distributeurs.

Une 3e version des EGA se prépare en ce début 2023. La première série d’aides gouvernementales ne suffit pas à préserver la rentabilité de certaines productions. De nouvelles mesures ont été décidé en ce début d’année pour les TPE mais leur effet n’est pas immédiat. La situation devient intenable pour certains industriels de l’agroalimentaire. En ce début 2023, le groupe Cofigeo (William Saurin, Garbit, Raynal) a ainsi décidé de suspendre l’activité de la moitié de ses sites assurant 80% de sa production.

L’inflation polarise la consommation alimentaire

Une des conséquences directes de la conjoncture 2022, outre la crainte d’une accélération de la défaillance d’entreprises, est l’inflation des prix en rayon. C’est un des faits marquants de l’agroalimentaire pour 2022. Son taux se situe en global à 6,2% sur un an. Mais elle dépasse les +10% pour les produits de grande consommation, selon les observations de l’institut Nielsen IQ. Renforcé par l’épisode de grippe aviaire et les coûts de l’alimentation animale, la hausse atteint 30% pour la viande. C’est la plus marquée devant les huiles et les pâtes (+20%). Notons qu’au niveau de l’UE, la France présente le 2e plus faible taux d’inflation agroalimentaire sur l’année, selon Eurostat. Elle se situe derrière l’Espagne.

Le renchérissement des produits alimentaires en 2022 s’avère relativement plus marqué pour les premiers prix. Il est en effet plus difficile de réduire des marges qui s’avèrent déjà plus faibles que celles des références haut de gamme. Cette situation se solde par une segmentation encore plus marquée de la consommation alimentaire en ce début 2023. Face à l’inflation, les Français, dont le pouvoir d’achat est lui aussi affecté par les hausses généralisées, se tournent vers les produits meilleur marché. Cela explique en partie la confirmation de la perte de vitesse du Bio.

Une durabilité agroalimentaire à renforcer en 2023

Au rang des nouveautés 2023 pour le secteur agroalimentaire, ce début d’année marque l’entrée en vigueur d’une nouvelle Politique agricole commune. Celle-ci instaure notamment des éco-régimes. Il s’agit de soutiens à l’hectare accordés aux agriculteurs réalisant des efforts en faveur de l’environnement. Cela a d’ailleurs conduit la France à renforcer les exigences du référentiel de la HVE (Haute valeur environnementale) afin que les exploitations certifiées puissent prétendre à ces aides.

L’agriculture et donc ses filières de production alimentaires sont donc vouées à gagner en durabilité.

Dans la même ambition, de plus en plus d’initiatives de filières agroalimentaires voient le jour sur la question de la décarbonation. L’essentiel des émissions de CO2 intervient au stade de la culture. C’est donc à ce niveau que se concentrent les efforts. Mais pour avancer dans le développement d’approches plus vertueuses, l’amont des filières a besoin de l’adhésion de ses partenaires transformateurs. Ces projets avanceront au rythme des semis et récoltes. Plus globalement, pour le 3e trimestre 2023, la Commission européenne doit définir une nouvelle loi-cadre pour une production agroalimentaire durable. Elle s’attachera à une approche cohérente des différentes politiques alimentaires au niveau européen.

Au-delà de l’état des lieux agroalimentaire, divers dossiers à gérer en 2023 pour l’UE

Sans avancée en 2022, l’Union européenne entend aussi procéder à une révision de la législation sur le bien-être animal. Attendue pour septembre 2023, cette dernière n’a pas évolué depuis 2009. La nouvelle mouture s’imposerait aussi aux produits issus de l’importation. Les professionnels s’inquiètent néanmoins des potentielles conséquences de ces futures mesures sur la compétitivité des productions animales. Ils craignent que cela affecte les coûts au niveau des élevages et des filières de la transformation de la viande.

La question de l’étiquetage nutritionnel des produits alimentaires reste aussi au programme européen pour 2023. La présidence suédoise qui succède à la République tchèque devrait s’y atteler.

Au niveau national, une autre échéance, un peu plus lointaine est à anticiper : celle de l’obligation de mise en place de la facture électronique. Elle interviendra le 1er juillet 2024. Si ce n’est pas une exigence de l’année, il est toujours préférable d’anticiper cette transition pour la gérer dans les meilleures conditions.

Consolidation du e-commerce alimentaire en 2022

L’essor du e-commerce alimentaire a été dopé par le confinement. Après une phase d’explosion avec +53% depuis 2019, il s’est stabilisé en 2022. Les consommateurs ont retrouvé les rayons des grandes et moyennes surfaces (1%). Mais ils ne se détournent pas totalement du web pour faire leurs courses. Le e-commerce n’a reculé que de 2% en un an. Ce type de commercialisation représente désormais 7,2% des ventes agroalimentaires. Et cette tendance devrait se maintenir en 2023.

Une partie des Français a pris l’habitude de commander ses courses alimentaires en ligne pendant la crise du Covid. Et ces consommateurs la conservent. 9% de la population a recours à la livraison à domicile. C’est 3 points de gagnés en un an. Le drive couvre désormais 27,4% des achats. Un niveau stable par rapport à 2021. Les grandes enseignes ont continué d’investir dans ce réseau avec 750 nouveaux points de distribution alimentaire créés en 2022. Preuve qu’ils parient sur la poursuite de son développement pour 2023, et au-delà.

Le bilan de l’agroalimentaire 2022 entraînera des répercussions sur l’activité du secteur en 2023 et même au-delà. La consommation elle-même va continuer d’évoluer. La conjoncture a aussi mis en lumière une certaine fragilité du secteur bien décidé à renforcer sa durabilité et continuer de répondre aux attentes sociétales.

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